LETTRE OUVERTE DE PHILIPPE BAUMEL A JEAN-PAUL ANCIAUX



Monsieur le Député,

La majorité de gauche du Sénat vient d'adopter ce jeudi la proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l'Union Européenne résidant en France depuis plus de cinq ans. Par ce vote symbolique de l'adhésion aux valeurs républicaines inscrites aux frontons de nos mairies, la Chambre haute s'inscrit dans le sens de l'Histoire. Du Luxembourg à la Slovénie, de la Suède au Danemark, de la Belgique à la Finlande ou aux Pays-Bas, la plupart des pays européens permettent déjà aux étrangers résidant sur leur sol de s'exprimer lors des élections locales. C'est aussi le cas de nombreux autres pays dans le monde, en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

La France solidaire que nous appelons de nos voeux ne doit plus refuser l'intégration dans la République d'habitants de nos villes et nos villages, qui participent à la vie économique du pays, qui l'enrichissent par leur travail, qui s'impliquent dans la vie culturelle ou associative. Accorder le droit vote aux étrangers aux élections locales, c'est reconnaître et favoriser leur intégration dans notre société, c'est rendre leur dignité à des familles qui paient l'impôt chez nous, et qui participent déjà à nos élections prud'homales, de parents d'élèves ou d'offices HLM.

Le Président de la République que vous soutenez a beaucoup zigzagué sur ce sujet, comme sur tant d'autres questions. La vérité, c'est que depuis 15 ans, Nicolas Sarkozy n'a cessé de contredire Nicolas Sarkozy. En 1997, il s'inscrivait résolument contre le vote des étrangers non communautaires. En 2001, virage à 180 degrés: dans son livre, "Libre", il se déclarait pour et argumentait son choix. En 2005, Ministre, puis en 2008, Président de la République, il y était toujours favorable. Son dernier revirement, en novembre 2011, n'abuse personne. Nicolas Sarkozy se livre, une fois de plus, à une basse manoeuvre politicienne de drague des électeurs du Front National. Par peur d'être devancé par Marine Le Pen ou de ne pas bénéficier de ses voix au second tour, il nous ressort les vieilles ficelles de la peur et du rejet de l'autre.

Après le vote courageux du Sénat, vous serez vous aussi appelé, Monsieur le député, à vous prononcer sur ce texte à l'Assemblée Nationale. Alors, derrière quel Sarkozy vous rangerez-vous? Derrière le Président de 2008 ou derrière le candidat de 2012?


Philippe BAUMEL
Président de l'UDESR 71

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