LA NOTE OU LA CROISSANCE



A travers la dégradation de la note de la France sur les marchés financiers, qui dévoile cruellement l'extrême fragilité financière de notre pays, qui a été noté ?

Bien sûr c'est tout d'abord notre dette qui ne cesse de croître et surtout nos difficultés à la rembourser qui constitue le noeud du drame. Car notre pays n'a pas émis depuis au moins le dernier sommet Européen de décembre, les signes exigés par les agences de notation pour espérer surnager et conserver le triple A.

Mais qui note et qui est noté ? Qui se cache derrière Standard and Poor's ? Longtemps méconnues, ces agences d'analyse financières font maintenant la pluie et le beau temps. Elles sont en passe de devenir plus importantes semble-t-il que toutes les représentations du peuple, que toutes les assemblées, que tous les gouvernements. A y regarder de plus près, leur actionnariat est composé des mêmes grandes banques anglosaxonnes ou de milliardaires qui tirent le plus grand parti de la crise. Plusieurs banques privées internationales qui ont servi impunément à leurs clients pendant de longues années des produits toxiques, qui ont ensuite été indemnisées sans conditions par les Etats et qui aujourd'hui ne veulent en aucun cas se retrouver enfermées par une nouvelle régulation qui contraindrait leurs recherches de profit effrénée. Ce sont celles là qui fabriquent le baromètre d'une économie mondiale qu'elles contribuent à dérégler !

D'autre part, et très clairement, celui qui est noté durement est celui qui assure les responsabilités économiques et politiques du pays depuis près de 5 ans : Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Rien n'y a fait : les plans successifs d'austérité des gouvernements Fillon n'ont nullement rassuré les marchés financiers et la sanction s'abat.
Celui qui se faisait fort de nous protéger de la tempête n'est plus qu'impuissance. Le roi ou plutôt le Président est nu.
Et cette inutilité, voire cette opprobre dans laquelle les agences précipitent le Président risque de peser lourd au moment où les Français font leurs choix pour les prochaines présidentielles.

Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy annonce qu'il va nous parler à la fin du mois ? Mais pour nous dire quoi ? Que nous allons devoir nous serrer davantage la ceinture, voir augmenter la TVA, refluer encore les services publics de la santé, de l'éducation, baisser les retraites, contraindre les allocations chômage, les assurances maladie ? Tout cela a été fait et ces propositions éculées n'auront aucun impact ni sur la confiance des banquiers, ni sur celles des Français. Ces derniers ne manquant pas de noter que partout où ces plans drastiques d'austérité sont déjà en vigueur, ils n'ont fait qu'affaiblir davantage des pays déjà sur la paille. La Grèce va-t-elle mieux ces dernières semaines ? L'Irlande, l'Italie, l'Espagne ont-elles retrouvé un peu d'oxygène financier depuis qu'elles se sont assujetties à la rigueur ? Il n'en est rien et tout le monde le sait.

Alors, comment sortir de nos difficultés ? Peut-être en regardant différemment notre réalité. Car s'il y a la crise et ses soubresauts, il y a peut-être aussi la question centrale de notre appareil de production, de ses conditions de fonctionnement, en un mot de notre compétitivité. Car, comment expliquer que, alors que la crise fait rage partout dans le monde, la croissance de notre voisin allemand est de + 3 % en 2011 alors que la notre est en berne ? Que le déficit public en Allemagne et de 1 % du PIB alors qu'il est de 5.7 % en France ? La grande différence entre nos deux pays est en France l'absence de stratégie industrielle cohérente. Chez nos voisins, tout a été mis en oeuvre depuis plusieurs années pour structurer l'investissement région par région, pour développer toutes les industries les plus exportatrices, et malgré une productivité moindre des travailleurs allemands comparée à celle des ouvriers français, les résultats de l'économie d' Outre Rhin sont très favorables.
C'est pourquoi naturellement François Hollande place l'idée de production et de réindustrialisation au coeur de son projet. On est loin de la théorie du ruissellement vantée par Nicolas Sarkozy depuis 5 ans avec son corollaire : les cadeaux fiscaux (bouclier, niches) aux plus riches qui sont aussi inefficaces que ruineux pour les finances publiques.

Remettre l'industrie au centre du projet pour notre pays c'est restaurer la valeur travail, considérer que le seul profit utile est celui issu du travail des femmes et des hommes qui font le pays et pas de quelques milliardaires en recherche de martingales en or massif.

C'est par son industrie que la France aujourd'hui dégradée retrouvera non seulement la croissance mais aussi la capacité de créer de l'emploi partout sur son territoire. L'Allemagne, elle, ne s'y est pas trompée, qui connaît aujourd'hui un chômage juste résiduel. La voie du changement est possible, sachons la prendre, dans moins de cent jours maintenant.

Philippe Baumel
Président de l'UDESR 71

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