L'histoire ne doit pas devenir une langue rare



Nouvelle étape du mouvement brownien engagé par le pouvoir, la réforme du lycée restera comme une forme d’archétype de la méthode Sarkozy. Des bonnes intentions, des contradictions, un acharnement comptable suicidaire et cette petite touche, ce je-ne-sais-quoi de défiance envers les savoirs qui caractérise l’équipe du Président de la République.

Beaucoup l’ont dit mais il est sans doute bon de le répéter : une réforme du lycée sans réforme du collège est en soi inepte. Au-delà de ce constat, c’est à une réalité pesante sur notre société qu’il faut s’attaquer : celui de l’inégalité territoriale. Qu’on se rassure, les lycéens du Lycée Pasteur de Neuilly, ceux d’Henri IV, souffriront peu ou pas du tout de la réforme de Luc Chatel. Il est certain que, dans notre pays, les inégalités se creusent entre établissements et particulièrement entre les établissements ruraux et ceux des centres-villes les plus aisés. C’est ce qui explique que les éternelles bonnes intentions manifestées en matière scolaire soient vouées à l’échec du point de vue de la réduction des inégalités. On peut vouloir – et c’est heureux - renforcer les langues ou la filière littéraire… cela ne fait pas une logique globale, encore moins une politique…

Il est évident que développer les options a un avantage immédiat : cela permet de réduire des « coûts», de renforcer le numerus clausus au CAPES et à l’Agrégation. Cela contribue efficacement à suivre le fil conducteur de la politique scolaire du gouvernement : réduire l’éventail de la carte des formations. «Optionnalisons ! » tel semble être le mot d’ordre du pouvoir. Contribuant ainsi à établir une inégalité territoriale de plus en plus évidente dans notre pays, il a délibérément choisi la voie du déclin…

Jusqu’ici les langues rares (bien qu’il faille définir ce qui est une langue rare), les langues anciennes, les disciplines artistiques faisaient les frais de cette politique. On appauvrit la carte des formations, on appauvrit l’Education nationale, on appauvrit le pays. Et l’on est en droit de se demander s’il n’y a pas une stratégie bien plus dangereuse à moyen terme. Une fois l’Ecole amoindrie, affaiblie, une fois cette immense entreprise de paupérisation de l’Ecole achevée, ne nous tiendra-t-on pas le discours de la « nécessaire » privatisation de celle-ci au nom de « l’efficacité » ? Mais aujourd’hui, on ne s’arrête plus au cœur des «humanités », on va plus loin, on s’attaque, insidieusement, au lien social…

Coup terrible, l’idée de rendre l’histoire optionnelle en Terminale S prend une toute sa signification. On s’apprête à sacrifier une matière fondamentale de la formation des lycéens sur l’autel d’une idée aussi vague que fumeuse dictée par la volonté de réduire des coûts. La culture générale est un coût pour un Président de la République avocat d’affaire et un Ministre directeur du marketing. Or, le lycée n’est pas le lieu de la formation de spécialistes. Il doit être le lieu de la formation de citoyens capables par une culture commune, par des connaissances suffisamment larges de s’insérer dans la société, de participer à la vie de cette communauté civique qu’est la nation, de prendre part à la vie de la cité… Rendre l’histoire optionnelle c’est un peu, à mon sens, comme vendre les collections du Louvre au motif qu’elles vaudraient beaucoup d’argent ou expulser les Rougon-Macquart de nos bibliothèques au motif qu’ils prennent trop de place…

L’Ecole ce n’est certes pas qu’une question de « moyens ». Mais un pays qui investit massivement dans l’Education, dans la connaissance, de la maternelle à l’Université est un pays qui gagne en moral collectif. Au contraire de l’actuel gouvernement, à l’image de ce que les majorités socialistes et progressistes font dans les Régions, il est grand temps, en France, de faire le pari sur l’intelligence.

L'histoire ne doit pas devenir une langue rare

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